Genève, un atelier, une nouvelle galerie
Artquarium et Mathias Rusch

Nous ne sommes pas loin du quartier des Eaux-Vives, ce qui justifierait le nom de cette nouvelle galerie, Artquarium, jeu de mot qui ne nous incite pas à pousser trop loin l’investigation étymologique, car ici la question: pourquoi l’art ? (quare, pourquoi en latin), ne se pose pas. Gilbert Wolfisberg est peintre, il aime la peinture, et il le montre, fortement, intelligemment.

Ce bel espace, au fond du rez-de-chaussée d’un immeuble moderne, est d’abord un atelier, fréquenté par des adultes qui reçoivent un enseignement personnalisé, assez éloigné, j’imagine, de ce qu’on fait dans les actuelles écoles d’art professionnelles où l’on met l’accent sur le marketing et les appareillages électroniques. Ici, chez les élèves, les tendances les plus diverses sont présentes, qu’on va travailler dans la recherche de l’expression, des tensions et des équilibres de l’économie picturale. Gilbert Wolfisberg, qui est lui-même sorti avec un diplôme de l’ESAVE en 1987, se plaît à relever le fait qu’un instrument aussi courant, jadis, que le compas d’or, a disparu des rayons des magasins spécialisés de la peinture. Il articule ses cours selon trois volets: les bases du dessin, construction de formes, analyse de structures, introduction à la composition, mouvements dans l’espace, ombres et lumières, clair-obscur, le corps humain. Puis les bases de la couleur, les mouvements importants de l’histoire de l’art, et les différents matériaux, fusain, sanguine, aquarelle, acrylique et huile. Enfin la composition: utilisation du nombre d’or, géométrie, recherche de rythmes, analyse des tableaux de maîtres, philosophie de l’art.

Ses murs témoignent de ses goûts, éclectiques. Alors que lui-même signe des grands formats où l’abstraction lyrique et les formes organiques se marient dans un beau jeu de couleurs à l’huile, en ce moment, il expose par exemple les œuvres d’un peintre zurichois récemment disparu, qui n’avait jamais exposé jusqu’ici à Genève: Mathias Rusch (1927-2003), qui, dès 1970, a exposé à Paris, à Londres et aux Etats-Unis. Il y a plusieurs tendances maîtrisées avec virtuosité dans les œuvres exposées à Artquarium: une volonté d’abstraction géométrique, et en même temps un jaillissement dynamique à mettre en réseau différentes plages de couleurs. Nous pénétrons dans un univers original, baigné de sérénité, à la fois rigoureux et poétique.

H.G.
Ph+arts

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